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PROTECTION SOCIALE COMPLEMENTAIRE :
LA DGFIP CHOISIT LA START UP "ALAN" APPRECIE PAR LA PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE ...
LA CONCURRENCE LIBRE ET NON FAUSSEE EN TOUTE TRANSPARENCE !
Bercy nous a informé hier matin du choix de l’opérateur pour la santé et la prévoyance obligatoire à compter du 1er janvier 2026.
Leur choix s’est porté sur ALAN, une start-up pour la santé, sans réseau physique, financée par des spéculateurs etc... et la GMF pour la prévoyance.
Les Fédération des finances se sont unanimement insurgées contre ce choix contraire à ce qu’on a systématiquement porté. C’est pourquoi à l’unanimité, elles ont voté contre lors du comité de ce matin.
Un communiqué interfédéral sera envoyé très prochainement, un boycott des instances du dialogue social est enclenché et un tract suivra prochainement en intersyndical.
Le groupe Alan en quelques lignes : https://fr.wikipedia.org/wiki/Alan_(entreprise)
https://www.newsassurancespro.com/sante-alan-boucle-une-nouvelle-levee-de-fonds/01691621749
Ci-dessous un article de Médiapart paru en octobre 2024 sur le groupe Alan.
Matignon et l’Assemblée ouvrent leurs portes à un curieux néo-assureur
La start-up Alan, entreprise chouchoutée par le chef de l’État, va fournir la complémentaire santé des agents de ces institutions symboliques. Les mutuelles classiques ont perdu ces marchés au profit d’un nouveau venu au modèle économique fragile, soutenu par de gros acteurs financiers internationaux.
Laurent Mauduit
6 octobre 2024 à 10h29
DansDans le microcosme des grandes mutuelles françaises, c’est un séisme. Totalement inconnue du grand public, une start-up baptisée Alan vient en quelques mois de rafler trois marchés très importants au nez et à la barbe de géants du secteur. Les appels d’offres concernaient la couverture santé complémentaire des agents ou collaborateurs de trois lieux de pouvoir : d’abord le ministère de la transition écologique, puis les services de l’Assemblée nationale, et enfin ceux de Matignon, et des nombreuses institutions qui y sont rattachées.
Le premier coup de semonce, qui passe à l’époque inaperçu, intervient en novembre 2023. L’Argus de l’assurance, publication spécialisée du secteur, révèle que « l’assurtech » – dans le sabir financier, c’est le nom donné aux start-up qui se lancent dans cet univers – vient de gagner l’appel d’offres lancée par l’Assemblée pour la couverture santé complémentaire des collaborateurs et collaboratrices parlementaires, soit, avec leurs familles, pas loin de 3 000 personnes.
C’est un petit marché mais, dans un lieu très symbolique de la République, pour la première fois, une petite société privée parvient à faire une brèche majeure dans le système de la protection sociale complémentaire des fonctionnaires, qui était jusque-là la chasse gardée des grandes mutuelles.
Le deuxième coup de semonce intervient en juin 2024. La start-up remporte un autre appel d’offres, financièrement beaucoup plus important, puisqu’il concerne la couverture complémentaire santé des agent·es des ministères de la transition écologique et de la transition énergétique, ainsi que du secrétariat d’État chargé de la mer.
Cette victoire est d’autant plus spectaculaire qu’elle se fait aux dépens de la plus connue et de la plus influente des mutuelles, la Mutuelle générale de l’Éducation nationale (MGEN). Cette fois, Alan réalise une très grosse culbute, puisque le contrat gagné concerne au moins 60 000 agent·es, et peut-être à terme 140 000 si les retraité·es et ayants droit concerné·es décident l’année suivante de rallier le dispositif.
La requête introduite par la MGEN devant le tribunal de Cergy-Pontoise, pour contester la méthode de notation des propositions reçues par le ministère, a été rejetée le 5 juin. L’affaire prend alors une dimension nationale et provoque un tohu-bohu dans la fonction publique. Soudainement, on mesure l’onde de choc de la réforme de la protection sociale complémentaire (PSC) entrée en vigueur par un décret pris le 22 avril 2022, mais à laquelle pas grand monde n’avait pris garde.
Jusque-là, les fonctionnaires adhéraient individuellement à la mutuelle de leur choix. Mais, par des traditions sociales bien installées, le système consolidait les grandes mutuelles historiques, à commencer par la MGEN, qui assure la couverture de quelque 4,2 millions d’assuré·es actifs ou retraités, soit 90 % des enseignant·es et de leurs familles.
Pertes comptables
Mais avec la réforme de 2022, tout a changé. Au plus tard à compter du 1er janvier 2026, les 5,5 millions de fonctionnaires français (État, collectivités territoriales, hôpitaux) devront être couverts par le biais non pas d’une adhésion individuelle mais par celui d’un contrat collectif. En somme, le système public a été aligné sur le système privé.
Le troisième coup de semonce intervient, tout récemment, en septembre 2024. Dans la foulée de ses deux premières victoires, la start-up emporte l’appel d’offres portant sur le contrat des fonctionnaires de Matignon et de toutes les institutions rattachées, comme la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) ou le Défenseur des droits, soit au total environ 4 900 agent·es.
Un petit marché une fois encore mais à forte valeur symbolique : jusque dans les sommets de l’État, on déroule désormais le tapis rouge au néo-assureur. Selon Les Échos, « Alan s’est imposée sans proposer l’offre la moins chère, face à plusieurs candidats de poids » dont la MGEN, Mgéfi, la mutuelle de Bercy et membre du groupe Matmut, MCF, la petite mutuelle historique de l’École nationale d’adlinistration (ENA) et des personnels du premier ministre, et l’assureur Allianz allié au courtier Diot-Siaci.
La direction d’Alan précise à Mediapart couvrir à ce jour un total 67 500 agent·es de la fonction publique – l’entreprise couvrant aussi « de plus petits établissements publics, tels que l’Institut national de la consommation, le théâtre national de Strasbourg ou encore l’office de tourisme Meaux Marne Ourcq ». Au total, Alan couvre à ce jour « près de 550 000 membres issus des secteurs publics et privés, de tous secteurs d’activité ».
Ces succès ont surpris les spécialistes du secteur car il est de notoriété publique que le modèle économique du néo-assureur est fragile et que sa pérennité n’est pas assurée. Le fort développement de la société a en effet généré des pertes comptables très importantes. Celles-ci ont ainsi atteint 72 millions d’euros en 2022, puis 59 millions d’euros en 2023. Plus largement, les comptes font état au niveau du groupe Alan de fonds propres libres de 191,7 millions d’euros, pour des capitaux « levés » (capital social et prime d’émission lors des levées de fonds) de 441,6 millions d’euros, soit une perte cumulée sur sept ans (2017-2023) de l’ordre de 250 millions d’euros.
La puissance publique a choisi de torpiller le vieux système d’économie sociale à la française, adossé à l’univers mutualiste, pour favoriser la finance privée.
Ces chiffres sont donc inquiétants et révèlent un modèle de développement problématique, que les méchantes langues du secteur comparent à de la « cavalerie ». En clair, plus le groupe accumule les pertes, plus il doit y faire face en multipliant les levées de fonds. À ce jour, Alan a ainsi levé auprès d’investisseurs 617 millions d’euros, dont 442 millions d’euros au 31 décembre 2023, plus 175 millions d’euros en 2024.
Beaucoup ont donc soulevé une question majeure : les institutions publiques qui ont retenu les offres d’Alan ont-elles bien pris en compte la situation de fragilité économique de la structure ? Et qu’en pense l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) qui est l’organe de supervision français de la banque et de l’assurance, placé sous l’autorité de la Banque de France ?
La direction d’Alan se montre, elle, confiante dans l’avenir. Elle nous fait cette objection : « Notre situation financière est solide comme le démontrent nos ratios de solvabilité qui sont parmi les plus élevés du marché (× 4,4 par rapport à l’exigence de capital de solvabilité requis, vs. × 2,6 en moyenne sur le marché français à fin juin 2023) […]. Nous réduisons nos pertes significativement (20 %) d’année en année, et délivrons notre plan de rentabilité en 2026, avec une très solide trésorerie. » Et d’ajouter : « Les procédures d’appels d’offres sont par ailleurs extrêmement rigoureuses. Les critères de participation et de sélection, nombreux et objectifs, ont été déterminés en amont pour s’assurer de la solidité des acteurs qui y participent et qui sont retenus. »
Sulfureux fonds de pension
Quoi qu’il en soit, le modèle économique choisi souligne bien le basculement en cours dans le financement de la protection sociale complémentaire : la puissance publique a choisi de torpiller le vieux système d’économie sociale à la française, adossé à l’univers mutualiste, pour favoriser la finance privée.
Ce développement à marche forcée d’Alan soulève par surcroît une autre inquiétude, qui a trait à l’identité des investisseurs qui ont participé aux levées de fonds successives. On trouve ainsi l’un de ces sulfureux fonds de pension anglo-saxon, en l’occurrence le fonds de pension institutionnel Ontario Teachers’ Pension Plan (OTPP), qui gère le régime de retraite des enseignantes et enseignants canadiens de l’Ontario. On trouve encore Temasek, l’un des deux fonds souverains de Singapour. Dans le lot, il y a aussi un très puissant hedge fund américains basé à New York qui est dénommé Coatue Management Partners, et qui est dirigé par le Belge Philippe Laffont. Il y a encore le fonds Lakestar, coté à Francfort, qui est ce que l’on appelle un « Spac » (pour « Special Purpose Acquisition Company »), c’est-à-dire une coquille vide créée dans le but de fondre sur une proie et de l’y intégrer.
Lors de la deuxième édition du happening présidentiel « Choose France », […] aussi modeste que soit sa société, Jean-Charles Samuelian fait partie des convives.
Enfin, Alan a annoncé le 20 septembre que Belfius allait aussi entrer à son capital. Ce nouvel allié est la structure belge héritière de Dexia Banque Belgique, laquelle est issue de la fusion en 1996 du Crédit communal de Belgique et du Crédit local de France qui a donné naissance à Dexia. On se souvient de cette histoire tumultueuse : la privatisation de ces structures publiques avait donné lieu à un scandale financier hors norme.
Parmi les autres motifs d’inquiétude que ressassent certains responsables mutualistes, figurent enfin des pratiques de délocalisation auxquelles la start-up a recours. Sur une page de son propre site internet, dédiée aux protections des données collectées des assurés sociaux, on apprend que celles-ci sont « analysées au sein de l’Union européenne et, dans le cadre d’un test, en Tunisie ». Ce qui soulève une autre interrogation : cette gestion est-elle compatible avec la sécurité des données ?
On l’aura deviné, la société Alan et son fondateur, qui se dénomme Jean-Charles Samuelian, correspondent assez bien au modèle qu’Emmanuel Macron avait présenté aux Français dès 2017, celui de la « start-up nation ». Ce n’est d’ailleurs pas qu’une coïncidence, et cela fait beaucoup jaser dans les milieux de l’assurance et du mutualisme : Jean-Charles Samuelian fait partie de ces jeunes patrons que le chef de l’État a pris sous sa protection et met en avant à chaque fois qu’il le peut.
Le 21 janvier 2019, lors de la deuxième édition du happening présidentiel « Choose France », Emmanuel Macron invite ainsi 150 grands patrons du monde entier, à l’Élysée puis à Versailles. Aussi modeste que soit sa société, Jean-Charles Samuelian fait partie des convives.
Plus récemment, voici trois ans, quand Alan procède à l’une de ces levées de capitaux, pour un montant de 185 millions d’euros, Emmanuel Macron fait un poste de félicitations via son compte LinkedIn : « Un grand bravo aux équipes d’Alan qui poursuivent leur lancée avec une mission prometteuse : simplifier l’accès aux soins pour des millions de Français. »
Au total, Jean-Charles Samuelian nous a fait savoir qu’il a « rencontré le président de la République à deux reprises, la plus récente étant en 2021 à l’occasion d’échanges avec des entrepreneurs du secteur de la technologie », tandis que l’autre cofondateur de la société, Charles Gorintin, a « rencontré le président de la République en 2023 à l’occasion d’un échange avec des entrepreneurs du secteur portant sur les enjeux de la recherche et de l’intelligence artificielle en France ».
En réponse aux questions de Mediapart, Jean-Charles Samuelian a aussi eu la franchise de nous faire savoir qu’il avait « versé 5 000 euros à Renaissance pour la campagne 2022 d’Emmanuel Macron » mais « rien en 2017 en revanche ».
Il faut dire que le patron d’Alan a vite compris les codes du capitalisme parisien et a tissé un réseau de relations utiles. Dans son groupe, on compte ainsi un cadre, Paul Sauveplane, qui a fait une mobilité à l’Inspection des finances et qui fut commissaire contrôleur des assurances à l’ACPR – ce qui est toujours utile. Il n’est d’ailleurs pas le seul : au total, quatre cadres d’Alan sont des anciens de l’ACPR. Jusqu’en 2021, Guillaume Sarkozy, le frère de Nicolas et ancien délégué général du groupe de protection sociale Malakoff Médéric, fut aussi membre du conseil d’administration de la société, ainsi que le fils de Paul Desmarais, homme d’affaires canadien et ami proche du même Nicolas Sarkozy. Ces relations de proximité avec le pouvoir sont toujours utiles.
Article publié le 23 mai 2025.